
Depuis de nombreuses années (16 ans environ), je suis passionné par les Groupes d'Intervention et les Forces Spéciales,
j'ai rassemblé depuis mon adolescence toutes les informations disponibles à ce sujet (Presse, livres, reportages). Lorsque je mets en ligne début 2005 un blog où je peux partager mes dessins avec ceux qui le souhaitent, je n'imaginais pas
possible une éventuelle implication des unités par la suite ... J'étais certain qu'un citoyen "lambda" ne pouvait en aucun cas découvrir cet univers tactique. Malgré tout et je m'en rappelle
encore très bien, peu de temps avant d'être contacté et d'entreprendre ces immersions, je visualisais les éléments manoeuvrant sous mon objectif bien que cela me semblait assez compliqué mais j'y croyais quand même au fond de moi ... Vision prémonitoire ou ai-je eu de la chance par la suite? Je n'ai jamais vraiment cherché à comprendre,
laissant les choses se faire et profitant de ces instants privilégiés.
Il s'agit donc de ma première visite au sein d'un groupe d'intervention, en l'occurence le GIPN (Groupe d'Intervention de la Police Nationale), celle qui m'a le plus marqué, puisque mon
rêve de gosse est devenu réalité. Bernard (second du Groupe) m'avait contacté après avoir remarqué mes dessins (à l'époque sur un humble blog), il m'invita donc à rencontrer le service afin
que je découvre cet univers si particulier et que j'y prenne mes propres photos. Je me prépare à cette journée mémorable. Nous sommes le 20 septembre 2006 et j'arrive enfin à Rennes après un
peu moins de trois heures de TGV, un élément du GIPN 35 m'attend à la sortie de la gare SNCF. Après les courtoisies d'usage nous arrivons au commissariat et je peux faire la connaissance des
effectifs et de Bernard.Le programme de la journée est divisé en deux parties, le matin séance de tir dans un club civil et l'après-midi direction une ancienne école qui leur sert de
terrain d'entrainement pour divers scénarios tactiques. La matinée vient de commencer avec la préparation du matériel, armes, proctections balistiques (bouclier mi-lourd et
Ramsès sarcophage), tout le monde s'active, je vois passer des policiers en tenue d'intervention, holster de cuisses et GLOCK 17. J'avoue être impressionné par tous ces
équipements (les visites suivantes seront plus "professionnelles", cherchant avant tout les meilleures prises de vue et laissant derrière moi cet étonnement que j'ai eu à
Rennes). Je monte en voiture avec Bernard et 2 autres éléments, l'ambiance est détendue, j'ai droit à une visite touristique au passage. Le convoi est composé de véhicules
légers et fourgons de Police, l'instant est particulier et unique, je ne suis pas près d'oublier, savourant chaque minute en leur compagnie. Pour eux, il s'agit d'une journée d'entrainement comme les
autres.
Nous arrivons au stand de tir situé non loin d'HLM et autres résidences, nous allons occuper le pas de gauche, celui de droite est réservé par l'ERIS 35 (Équipes Régionales d'Intervention et de Sécurité).
qui est chargé de maintenir, voir rétablir l'ordre public dans les établissements carcéraux, hors mutinerie, prise d'otage etc qui sont la spécialisté des unités d'intervention Police ou Gendarmerie, le GIPN
(dans le cas d'un événement carcéral en zone Police) est à même de gérer ces situations spécifiques. Tout le monde s'équipe, je prépare mon reflex Nikon D50 et commence à faire quelles prises de vue, histoire d'être sûr que tout fonctionne. Bernard me demande ce
que je souhaite prendre en photo, je ne sais pas quoi lui répondre tellement j'ai d'idées en tête. Cela se fera naturellement même si j'ai du mal à gérer tout ces personnels.
Je dois aller vite (moi qui suis très lent ... et qui aime prendre mon temps), je laisserai le "destin" faire le reste en espérant ne pas avoir trop de déchets. Binôme,
trinôme, tir main forte, main faible, progression avec bouclier, tout se passe plutôt bien. Plusieurs éléments tireront en même temps au PA sur les cibles, je cadre l'instant (l'image illustrant ce texte provient de cette série).
Il y a un soleil "Californien", les photos vont être très "constrastées", parfait
pour mes futures illustrations. Les membres du groupe sont patients et se prennent au jeu de cette journée très particulière bien que cela doit être long pour eux et assez figé. Je propose à J-C, un policier du GIPN, de faire une sorte
de transition tactique, c'est à dire tirer au fusil à pompe puis changer d'arme en dégainant son Glock, l'effet est très dynamique et le dessin d'une des vues se trouve en page d'accueil, il s'agit du WIP (Work In Progress), montrant
ainsi comment je procède pour donner vie à mes dessins d'intervention. Il y aura aussi des séries avec boucliers balistiques, ancienne génération avec encoche pour Manurhin et les nouveaux plus lourds et qui protègent des calibres intermédiaires.
Certains fonctionnaires de l'ERIS observent la scène et questionnent leurs collègues sur ma présence, étonnés de me voir parmi le GIPN. La matinée se termine et je demande s'il m'est possible de tirer quelques cartouches, Vincent (que je reverrai au RAID 3 ans plus tard) me présente rapidement le fonctionnement
de son arme (HK G36C) et les instructions de sécurité, je tire également au HK MP5 A5 avec un autre policier sur des ballons qui durant les nombreux entrainements du groupe, matérialisent une tête (pour la cellule THP). Il y aura encore quelques photos de groupe et nous partons ensuite manger.
L'après-midi, nous changeons donc de site, il s'agit d'une ancienne école qui est mise à contribution pour les entrainements du groupe, il fait encore chaud pour la saison et on m'indique qu'il n'y aura pas de gilets lourds avec épaulières
tant pis pour moi ... Ayant déjà la chance de les faire manoeuvrer, je ne vais pas "abuser" malgré le fait que j'aurais préfèré cette configuration, "plus réaliste et tactique".
La journée se déroule un peu comme la matinée, photo en colonne d'assaut, binôme ou simplement un élément à la fois. Il y a deux bâtiments principaux, devant l'un deux, les membres du GIPN se placent en file indienne, tout est présent,
bouclier, bélier, Door Raider, matériel d'effraction sur le dos du responsable des ouvertures de portes. Je m'arrête un instant, contemplant cette vision surréaliste, il y a face à moi tout un groupe immobile attendant mes inspirations
pour prendre la pose (façon de parler). N'étant pas quelqu'un de nature blasé, même aujourd'hui en y repensant, je reste encore sous l'étonnement de ce qui m'est arrivé. Je dois gérer ce sentiment et les personnels afin de ne pas me les mettre à
dos en les faisant patienter pour rien. l'un des THP me demande de le suivre, il a trouvé un endroit où mon appareil pourrait faire de beaux clichés, je le suis donc et c'est parti pour environ 5 minutes de shoot. Ensuite direct des buissons,
il revêt une ghillie suit (tenue imitant pratiquement à la perfection la végétation afin de se fondre dans le paysage), son arme est une Blaser R93, excellent produit et très précise, il y aura une bonne trentaine de shoots. Puis je vais faire intervenir toute l'équipe de l'extérieur
du bâtiment jusque dans les escaliers. C'est parti, la colonne progresse prudemment, arrive dans l'entrée et monte les escaliers. À l'étage, il y aura une simulation d'ouverture de porte à l'aide du Door Raider, quelques prises de vue encore plus classiques puis
nous irons de nouveau à l'extérieur. Une bonne nouvelle, il y aura des fumigènes, j'en profite pour faire de belles photos avec le Ramsès sorti pour l'occasion. J'aurai droit aussi pendant cette journée à mon interpellation fictive par un binôme
du GIPN équipé d'un TASER, Bernard immortalisant la scène. J'ai menacé avec un couteau (en essayant de garder mon sérieux tant la situation était drôle) ces policiers d'élite, heureusement pour moi, ce n'était que pour les photos, sinon je n'aurais pas fait long
feu, ayant été maitrisé en "deux deux". Ce souvenir est l'un de mes plus originaux durant mes visites au sein de groupes d'intervention. Il se fait
tard, je dois bientôt partir hélas, la journée est passée à une vitesse incroyable, nous revenons au commissariat, je discute un peu avant de dire au revoir à tout le monde. On me ramène à la gare,
et en profiterai de mon retour en train pour regarder mes photos.
Un grand merci à Bernard pour sa gentillesse et sa simplicité ainsi qu'à Yannick l'officier de l'unité (depuis affecté au RAID), Vincent (également au RAID) et à tous les membres du GIPN 35
pour leur patience et leur disponibilité durant cette journée.